"Yezh" - Fantômes et Totems - Emmanuel Madec
        
"Yezh" - Fantômes et Totems
Ce travail, actuellement en développement, allie les questions de la transmission et de la disparition.
Toutes les images sont issues de prises de vues de l’auteur obtenues par des moyens divers (appareils numérique, Polaroïds, scanners).
L’ un des enjeux est la mise à distance du réalisme de l’image. Ici, le "défaut" est traité comme sujet à part entière.
Le flou, le grain, le pixel, la trace de poussière ou d’altération sont considérés comme des caractères du photographique.

Cette recherche plastique est mise au service de l’ensemble "Yezh" qui convoque les versions de l’histoire collective à travers une expérience autobiographique.

Cette expérience est restituée sous la forme d'un cheminement introspectif à plusieurs escales dont l'ensemble "Yezh - Fantômes et totems" constitue la première.

La seconde escale, le projet de film "Yezh - un son qui vient de loin", a reçu une bourse d'aide à l'écriture documentaire du Fonds d’aide à la création cinématographique et audiovisuelle de la Région Bretagne en 2017.


-------------------------------------------


" Fantômes et totems est un volet d’un travail plastique plus vaste sur la question de la transmission familiale : la disparition et la persistance, sur ce qui nous reste. La figure de l’enfance y est encore une fois représentée, au côté de celle de l’aïeul. Une succession de formats verticaux sur papier extrêmement fin donnent à voir des fragments photographiques issus de mes archives personnelles (Polaroids, photographies numériques, portraits de mes aïeux réalisés il y a plusieurs années, photographies familiales et photographies trouvées). Elles sont toutes des images d’images (numérisées, triturées, réinterrogées, déplacées). Elles sont également toutes recadrées, donc fragment du fragment. D’ailleurs, la photographie n’est-elle pas toujours une sélection arbitraire sur le réel ? Un enregistrement partiel et subjectif ? La mémoire aussi est sélective et ces totems de papier offrent un voyage étrange au creux de la mienne. Ce voyage mystérieux est composé d’autant de souvenirs, de sensations remémorées, que de fantasmes et de symboles personnels. Les défauts des images (altération, voilage par excès de lumière, griffure, pixels) viennent souligner leur statut d’objet. L’image n’est en effet pas la réalité, elle est objet de vision, parfois objet de pensée. En revendiquant ces « défauts » et en attribuant à ces images des formats non conventionnels, je tente de réaxer leurs effets de réel dans leur caractère d’objet. Ce processus ouvre alors à une narration libre qui entretient une ambiguïté sur la nature des images présentées. La légèreté du papier et les défauts des images contribuent à produire un sentiment de fragilité. Fragilité de l’image dans le temps et fragilité des mémoires, parfois déformées. Le défaut peut aussi être considéré comme “ce qui fait défaut”, c’est-à-dire la disparition, la perte, dans notre histoire individuelle."

Emmanuel Madec


Top