Yezh - Fantômes et Totems - Emmanuel Madec
        
Yezh - Fantômes et Totems
Fruit d'une étude sur la mythologie et la transmission familiale, ce travail est la première escale d'un cheminement au creux des mémoires.

Dans un jeu d’équilibre entre le défaut de l’image et ce qui fait défaut dans nos mémoires, je réinvestis l'image de famille pour en révéler la part manquante, la part d'ombre.

L’un des enjeux est la mise à distance du réalisme de l’image. Ici, le "défaut" est traité comme sujet à part entière. Le flou, le grain, le pixel, la trace de poussière ou d’altération sont considérés comme des caractères du photographique. Ils ré-axent la photographie hors de son effet de réel pour la resituer dans sa qualité d'objet.


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" Fantômes et totems est un volet d’un travail plastique plus vaste sur la question de la transmission familiale : la disparition et la persistance, sur ce qui nous reste. La figure de l’enfance y est encore une fois représentée, ici, au côté de celle de l’aïeul. Une succession de formats verticaux sur papier extrêmement fin donnent à voir des fragments photographiques issus de mes archives personnelles (Polaroids, photographies numériques, portraits de mes aïeux réalisés il y a plusieurs années, photographies familiales et photographies trouvées). Elles sont toutes des images d’images (numérisées, triturées, réinterrogées, déplacées). Elles sont également toutes recadrées, donc fragment du fragment. D’ailleurs, la photographie n’est-elle pas toujours une sélection arbitraire sur le réel ? Un enregistrement partiel et subjectif ? La mémoire aussi est sélective et ces totems de papier offrent un voyage étrange au creux de la mienne. Ce voyage mystérieux est composé d’autant de souvenirs, de sensations remémorées, que de fantasmes et de symboles personnels. Les défauts des images (altération, voilage, griffure, pixels) viennent souligner leur statut d’objet. La photographie est objet de vision et objet de pensée. En revendiquant ces « défauts » et en attribuant à ces images des formats non conventionnels, je tente de réaxer leurs effets de réel dans leur caractère d’objet. Ce processus ouvre alors à une narration libre qui entretient une ambiguïté sur la nature des images présentées. La légèreté du papier et les défauts des images contribuent à produire un sentiment de fragilité. Fragilité de l’image dans le temps et fragilité des mémoires, parfois déformées. Il y a ici un jeu entre les "défauts" des images et “ce qui fait défaut” dans la transmission, c’est-à-dire la disparition, le sentiment de perte, dans notre histoire individuelle."

Emmanuel Madec


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